Berchère occupe une place à part parmi les petits maîtres de l’école de 1830. Après avoir travaillé avec Renoux, puis avec Rémond, il passa par l’école des Beaux-Arts et concourut, sans succès, en 1841 pour le grand prix de paysage historique. Il suivit avec attention le mouvement créé par Rousseau, Corot et Jules Dupré, mais n’emprunta à cette école que juste ce qu’il fallait pour rajeunir, sans l’abandonner complètement, la doctrine du paysage historique.
Tout d’abord, il s’appliqua à interpréter le pittoresque de quelques provinces de France et d'Espagne puis, en 1849 et 1850, il visita l’Égypte, la Syrie, l’Asie-Mineure, la Turquie, la Grèce et termina son voyage par Venise. Son inspiration en fut complètement modifiée : il devint orientaliste. Il fit de nouveaux voyages en Égypte et fut même choisi, en 1860, par Ferdinand de Lesseps pour être le "peintre-dessinateur au choix de la compagnie" du canal de Suez, ce qui l’obligea à un séjour de cinq mois dans l'isthme ; il fut l’un de ceux qui incitèrent aux promenades en Orient, Gérôme, Fromentin, Tournemine, Philippe de Chennevière, etc.
En 1864, son envoi au Salon attirait l’attention de Thoré-Bürger, qui lui dédiait ces lignes flatteuses :
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« Le pendant représente le Désert après le simoun. Le fléau a laissé des cadavres d’hommes et d’animaux sur le sable profondément remué, et des bandes de vautours viennent s’abattre sur cette proie. Ici encore, on devine que l’effet doit être juste, et assurément, ces deux motifs sont très pittoresques. » |
L’année suivante, il montrait les bords du Nil, à Sakhieh et le Temple de Rhamses, à Thèbes ; et jusqu’en 1868, ce fut une succession de tableaux où tour à tour le peintre apparaissait tragique ou apaisé, mais manifestant toujours une prédilection pour les grands horizons du désert, qui trouvaient en lui un interprète vraiment inspiré. Berchère est en effet un peintre qu’il faut placer au premier rang des orientalistes. Il a su demeurer très sobre d’harmonie, même alors qu’il manifeste sa prédilection pour des tons chauds, et l’on trouve dans ses œuvres claires et délicates un charme plus fin que dans les œuvres de son confrère Marilhat.
Il y a de ses tableaux dans les musées d’Alger, Bernay, Cambrai, Clermont-Ferrand, Dijon (Magnin), Douai, Dublin, Étampes, Le Caire (Guézireh, Mahmoud-Khalil, club des diplomates), mairie de Falaise, Louviers, Marseille, Moulins, Mulhouse, Orléans, Paris (Gustave-Moreau, le Louvre, MNAO, Orsay, association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez), Pontoise, Provins, Reims, Rennes, Rouen, Rueil-Malmaison, Tours ; ainsi que les musées ou galeries virtuels (Tigertail, galerie du rêve... )